BACON, Francis. Histoire naturelle…L’Atlas nouveau.

2.600 

Paris, Antoine de Sommaville et André Soubron, associez, au Palais dans la petite Salle, 1631. In-8° (165 x 100 mm.) de VIII ff., 30-567 p. signés a8, A-2O8, 2P4, vélin ivoire rigide, dos lisse, tranches muettes (reliure de l’époque).

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Description

Rarissime première édition française de l’Histoire naturelle, suivi de la Nouvelle Atlantide.

L’édition originale anglaise de cette œuvre fondamentale de la philosophie moderne fut imprimée en 1626-1627, à Londres, pour le compte de William Lee, par John Haviland et Augustine Mathewes, sous le titre Sylva Sylvarum… New Atlantis, ce dernier livre étant resté inachevé.

Comme Thomas More, le philosophe et théoricien de la science expérimentale Francis Bacon (1561-1626), baron de Verulam et vicomte de Saint-Albans, aura été élevé au sommet de la vie politique anglaise : nommé Grand Chancelier par le roi d’Angleterre Jacques 1er (1566-1625), enclin à favoriser les esprits novateurs, il est destitué de cette charge en 1621, convaincu de vénalité. Cette retraite forcée lui permet alors de se consacrer entièrement à sa passion, la philosophie des sciences.

Exaspéré par l’intellectualisme du Moyen-Âge – qu’il juge forcené –, étouffant dans le système scolastique adapté d’Aristote, Bacon s’en libère résolument : « l’eau ne remonte pas au-dessus du niveau de sa source ; de même, le savoir dérivé d’Aristote, s’il est soustrait au libre examen, ne s’élèvera pas plus haut que le savoir d’Aristote » ; c’est de son Novum Organum – qu’il entrevoit comme le pendant moderne de l’Organon du Stagirite – que jaillit cette métaphore inspirée de l’observation de la nature.

Pour Bacon en effet, puisque la nature est riche, il s’agit de la pratiquer par l’expérience, en se prémunissant contre les erreurs de l’esprit – les idoles que représentent superstitions, langage dévoyé, etc. –, et en menant une volontaire « chasse aux observations » afin de fonder l’induction, à savoir le processus de la réflexion propre à la découverte de la loi générale. En pionnier de la méthode empirique, l’intellectuel londonien fonde ici rien de moins que la science moderne.

Fin avril 1626, juste après sa mort, son dernier chapelain, William Rawley, entreprend d’organiser les derniers écrits du philosophe pour les faire imprimer valablement, volonté que Bacon avait expressément affirmée de son vivant.

L’importance de la présente édition – sans doute davantage que pour l’Histoire naturelle – tient à la première traduction française d’une œuvre majeure pour l’histoire de la pensée moderne occidentale : bien connue de nos lecteurs, la création utopique intitulée L’Atlas Nouveau (p. 417-567), traduction du New Atlantis du même Bacon, qui renvoie à l’Atlantide platonicienne.

Amboise dans sa préface l’affirme : « cet ouvrage me semble être à peu près de même nature que La République de Platon et l’Uthopie (sic) de Thomas More ». L’idée prophétique qu’y déploie Bacon consiste à institutionnaliser l’apprentissage expérimental pour former une classe de scientifiques aptes à gouverner, ce qui n’est pas rien pour l’histoire des mentalités. Les initiés d’ailleurs, comme dans L’Histoire naturelle, ne cessent de compiler de multiples observations, dégageant des lois nouvelles qui leur permettent de créer d’étonnants objets de réflexion.

C’est dans ce magnifique texte que Bacon feint d’avoir été sur une île peuplée d’un Collège de sages, nommé Maison de Salomon. Ce lieu d’utopie, infiniment plus instructif que n’importe quel autre par le passé, offrait une pluralité de ressources pour s’instruire sur les phénomènes naturels comme la température des souterrains, la production des métaux et des minéraux artificiels. Cette île d’utopie baconienne recelait de hautes tours bâties sur des montagnes pour éprouver la température de l’air ; des lieux spécifiques pour la formation de la pluie, de la neige, de la grêle, du vent, du tonnerre, des éclairs et des météores ! Sur ces mêmes lieux, l’on faisait engendrer des grenouilles, des mouches, des chenilles, des vers… Un peu plus loin, il était possible de découvrir des vergers où poussaient des fruits de grosseur prodigieuse, de formes et de couleurs jusqu’alors inconnues. Mais c’était sans compter toutes sortes d’animaux dont les modifications génétiques donnaient naissance à des créatures hybrides.

Le texte précédent, traduit sous le titre d’Histoire naturelle (p. 1-416) est le Sylva Sylvarum, or a natural history in ten centuries, paru à Londres l’année de la mort du Chancelier ; il sera dix fois réédité en Angleterre en l’espace de quarante ans. Précisons que le terme sylva, au sens propre forêt, doit être compris ici comme une accumulation de matériaux destinés à édifier la nouvelle science. Ce riche recueil contient mille observations et expériences groupées en dix séries de cent – d’où la mention de centuries – que Bacon tire soit d’ouvrages existants, soit de relations multiples, issues de voyageurs et d’hommes de métiers, ou bien de son fonds propre. Appliquant son attention aux phénomènes terrestres, car « ce ne sont pas des ailes qu’il faut à notre esprit mais des semelles de plomb » (Du Progrès et de la promotion des savoirs), il aborde toutes sortes de sujets. Citons, pêle-mêle, métaux, amour, odeurs, couleurs, médecine, traitements pour accroître la longévité, plantes, lait, vin, vie et conservation des corps, animaux, force de l’imagination, eau, feu, musique et sons…

De Pierre Amboise, traducteur du Sylva de la première édition française parue en 1631, que savons-nous ? À dire vrai, peu de choses. Par sa préface (Advertissement), l’on apprend que le sieur de la Magdelaine était aux côtés de l’ambassadeur de France à Londres, puis Garde des Sceaux, Charles de L’Aubespine, marquis de Châteauneuf, auquel l’épître initiale dédie cette traduction, en 1629 et 1630. Fait d’importance à porter au crédit de la qualité de la présente édition, Amboise atteste avoir pu longuement travailler alors sur les manuscrits originaux du Sylva, atout de taille pour pareille entreprise intellectuelle destinée à compléter et à illustrer l’Instauratio magna de Bacon. À son édition fut adjoint un bonus : une Vie de Bacon, la première à paraître en imprimé.

Un bois gravé sur la page de titre ; bandeaux, lettrines et culs-de-lampe gravés sur bois.

Exemplaire de qualité, très pur, parfaitement conservé dans son vélin de l’époque.

Nous avons pu localiser à peine une dizaine d’exemplaires de cette édition dans les bibliothèques publiques françaises et étrangères. Aucun autre exemplaire n’est proposé sur le marché actuellement. Remarquons ici que la plupart des bibliographies omettent de citer l’édition originale française de ces deux grands textes philosophiques.

A fine copy of the exceedingly rare first French edition in contemporary vellum. Only a dozen copies in public libraries, and no others currently on the market.

R.Gibson, 184 ; G. Negley, Utopian literature, p. 9, n° 59 (éd. angl.) ; R. Arbour, 14176 ; M. Malherbe, La philosophie de Francis Bacon, Paris, 2011 ; A. Funari, Francis Bacon and the seventeenth-century intellectual discourse, New York, 2011 ; D. Desroches, Francis Bacon and the limits of scientific knowledge, Londres, 2006, p. 214-220 ; M. Moretti, Scienza ed espistemologia in Francesco Bacone, Rome, 2004, p. 187-194 ; L. Punzo, Francis Bacon : l’utopia della legge, Rome, 2003, p. 153-166 ; S. Gaukroger, Francis Bacon and the transformation of early modern philosophy, Cambridge, 2001 ; J. Martin, Francis Bacon, the state and the reform of natural philosophy, Cambridge, 1992 ; J. Briggs, Francis Bacon and the rhetoric of nature, Cambridge, 1989 ; P. Urbach, Francis Bacon’s philosophy of science, La Salle, 1987.

 

Additional information

Période

17ᵉ siècle

Thèmes

Philosophie

Caractéristiques

Éditions originales, Livres rares et précieux

Langues

Français