FENELON, Francois de Salignac de la Mothe. Les Avantures de Télémaque, fils d’Ulysse.

2.600 

Conforme au Manuscrit original, Et enrichie de figures en taille-douce. Amsterdam ; Rotterdam, J. Wetstein, G. Smith & Z. Chatelain ; J. Hohout, 1734. In-4° (225 x 282 mm.) de 2 ff. n. ch., X p., XVII p. [chiffrées XXVII], 424 p., maroquin citron, triple filet doré autour des plats avec fers dorés en losange aux angles, dos à nerfs ornés aux petits fers, roulette sur les coupes, roulette dorée intérieure, tranches dorées sur marbrure (reliure de l’époque).

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Description

Rare et belle deuxième édition conforme au manuscrit original.

Établie à partir du manuscrit original et imprimée sous les yeux du neveu de Fénelon, Gabriel-Jacques de Salignac, alors Ambassadeur de France en Hollande, cette édition reprend le texte publié la même année à Paris en deux volumes in-douze par Jacques Estienne. Son Avertissement rappelle que les précédentes éditions avaient été « imprimées sur des Copies imparfaites & sans authenticité ».

Richement illustrée, l’édition de 1734 témoigne de la place prépondérante que les libraires des Provinces-Unies occupent à l’époque sur le marché du livre européen, grâce aux progrès techniques de leurs imprimeries et, surtout, au développement constant de leurs réseaux commerciaux établis sur l’association entre confrères. Elle rivalise aisément avec l’édition illustrée publiée à Paris en 1730 par le même Estienne, en deux volumes in-quarto.

À cet égard, il faut reconnaître que leur projet iconographique élaboré pour Les Avantures de Télémaque est d’envergure ! Ainsi, pour illustrer le cycle romanesque sont offertes ici aux lecteurs de très nombreuses et belles gravures en taille-douce : Télémaque et Minerve ; Télémaque et Mentor ; Télémaque et Pygmalion ; Télémaque et Philoctète ; Télémaque et Hippias… dont nous donnons le détail ci-dessous.

Noble ecclésiastique, Fénelon (1651-1689) est désigné par le roi Louis XIV en 1689 pour être le précepteur de son petit-fils le duc de Bourgogne, héritier du trône. C’est à la pressante recommandation de son ami le duc de Beauvilliers (1648-1714), gouverneur des petits-fils du roi, qu’il doit cette élévation. Deux ans plus tôt, à la demande du duc, père de huit filles, ce périgourdin composait un remarqué et novateur Traité de l’éducation des filles, où il révélait de séduisantes aptitudes à la pédagogie.

Le jeune duc de Bourgogne n’est pas un cas facile : intelligent, sûrement, mais pétri d’orgueil et irascible, dit-on. Pour lui, Fénelon invente une pédagogie adaptée et patiente ; il ne l’assène pas de préceptes, mais laisse agir l’élève, quitte à réparer ses fautes pour qu’il puisse en mesurer les conséquences. Dans cet esprit d’édification et d’instruction, il écrit pour son élève des fictions narratives et dramatiques, ainsi Les Fables, Les Dialogues des morts, puis, vers 1695, Les Aventures de Télémaque, dans lesquelles Fénelon a voulu réunir à la fois une compilation érudite, un cours de morale, et un manuel de politique. Il met en scène le fils d’Ulysse, Télémaque, qui, parti en mer à la recherche de son père, après un long périple échoue dans une île avec son compagnon de navigation, guide et directeur de conscience, Mentor – en vérité Minerve. Tel son père chez Alkinoos, il raconte aux îliens leurs aventures et tous les peuples rencontrés. Mentor et Télémaque sont Fénelon et le duc de Bourgogne.

Si l’ouvrage, par le caractère même des problèmes abordés, dépassait le cadre d’un traité éducatif, il se fixe pour objectif d’éduquer l’héritier du trône à une meilleure manière de gouverner. Indiscutablement, Fénelon y suit avec hardiesse la pente de ses idées morales et politiques. Chez Idoménée – Louis XIV –, Mentor blâme ce roi pour son goût immodéré du luxe et de la guerre mais aussi, bafouant les lois de Minos, pour sa tendance à faire régner l’arbitraire : « à force de vouloir paraître grand, vous avez failli ruiner votre propre grandeur », profère-t-il. Dans la cité idéale de Salente, qu’il fonde, les habitants vivent sains et paisibles sur un pied d’égalité et proches de la nature : le contraste avec la monarchie absolue française est alors criant !

Réduit à l’oralité dans le cadre pédagogique, ce texte pouvait passer inaperçu mais, livré à la publication en 1699 par l’indiscrétion d’un copiste – selon Fénelon –, il va entraîner sa disgrâce, quoiqu’il le désavoue. Le texte circule sous le manteau et se répand en Angleterre, puis en Hollande. Comme l’on sait, il connaîtra de multiples rééditions et traductions partout en Europe.

Outré de ce scandale, le roi ne pardonne pas son imprudence à l’auteur : il le prive de sa pension, de son titre de précepteur et l’exile dans son archevêché de Cambrai. Fénelon : belle langue, claire, simple ; délicatesse et grâce d’aimanter la sympathie ; intelligence et vertu, certes. Par sa pensée politique, il annonce en précurseur le Siècle des Lumières.

24 belles gravures en taille-douce gravées par Bernaerts, J. Folkéma, P. Van Gunst et Surugue d’après G.-F. Debrie, L.-F. Dubourg et Bernard Picart ; un portrait de Fénelon gravé par Drevet d’après J. Vivien ; un frontispice gravé par Folkéma d’après Picart ; un fleuron de titre gravé par Dubourg [L.F.D.B.] d’après Tanjé ; 24 vignettes gravées par Duflos, Folkéma et Tanjé d’après Dubourg ; et 21 culs-de-lampe gravés par Duflos et Schenk d’après Debrie et Dubourg.

Soit au total 69 gravures en taille-douce avec, en sus, placé en tête, un autre portrait de l’auteur, plus petit, gravé en taille-douce d’après Vivien ; 2 culs-de-lampe gravés sur bois par Jean-Michel Papillon ; et, in fine, une Carte des voyages de Télémaque.

Superbe exemplaire habillé d’une très élégante reliure en maroquin citron de l’époque.

Provenance : François Louis Clair de Thomas de Lavalette (1750-1836), avec son ex-libris armorié.

Né à Carpentras et issu d’une famille de Provence, le marquis Thomas de Lavalette fut Lieutenant-Général de la province de Bourgogne et gouverneur du château de la Garde près de Toulon, avant d’émigrer en 1792. Il avait formé une collection d’estampes et de livres choisis qu’il annotait et dont la plupart furent dispersés en vente après sa mort.

Légères rousseurs.

A fine copy of the rare second edition with 69 engravings in elegant contemporary morocco.

Cohen, col. 381-382 ; Brunet, II, p. 1214 (« Belle édition ») ; [Collection J. Lebaudy], Bibliothèque Lebaudy. Dix-huitième siècle, Paris, 1958, t. 1, p. 95 ; Ph. Sellier, « La résistance à l’épopée », in Littératures classiques, 2009/3, n° 70, p. 33-41 ; Ch. Dédéyan, Télémaque ou la liberté de l’esprit, Paris, 1991 ; C. Miething, « Mythos und Politik », in Romanische Forschungen, vol. 97, n° 2/3, 1985, p. 131-145 ; R. Granderoute, Le roman pédagogique de Fénelon à Rousseau, Genève, 1985 ; M. Haillant, Culture et imagination dans les œuvres de Fénelon « ad usum Delphini », Paris, 1983, p. 478-509 ; V. Kapp, Télémaque de Fénelon… Tübingen, 1982 ; R. Scaldini, « Les Aventures de Télémaque, or Alienated in Ogygia », in Yale French Studies, n° 57, 1979, p. 164-179 ; H. Gouhier, Fénelon philosophe, Paris, 1977, p. 203-211 ; L. Kerns, L’Utopie dans le Télémaque de Fénelon, Cleveland, 1975 ; G. Oller, The concept of « pur amour » in Fénélon’s Adventures of Telemachus, Arlington, Université du Texas, 1974 ; A. Morel, La vision utopique dans le Télémaque de Fénelon, Vancouver, Université de la Colombie-Britannique, 1971 ; G. Gidel, La politique de Fénelon, Paris, 1906 ; L. Boulvé, De l’hellénisme chez Fénelon, Paris, 1897.

Additional information

Période

18ᵉ siècle

Thèmes

Littérature, poésie

Caractéristiques

Belles reliures, Livres illustrés modernes

Langues

Français