JACOB, Max. Le Cornet à Dés.

1.700 

Paris, [chez l’auteur], imprimerie Levé, 1917. In-12 carré (192 x 145 mm.) de 191 p., plats mobiles en daim gris-verdâtre estampés de petits cubes diffus et incrustés de petites croix en fils d’argent, titre au film d’argent sur le plat supérieur, dos lissé orné du nom de l’auteur poussé au palladium, doublures bord à bord de même peau et gardes en porc de velours kaki, couverture blanche avec date en pied du dos conservée, boite assortie en buffle kaki (Florent Rousseau, 2014).

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Description

Très rare édition originale de ce chef-d’œuvre de la poésie cubiste.

Publiée à compte d’auteur en tirage limité, non mise dans le commerce, cette édition très recherchée connut une diffusion quasi-confidentielle.

Venu à la capitale, le poète quimpérois rencontre Picasso en 1902 ; Apollinaire en 1904. Laissons la parole à ce dernier :

« Dans Le Cornet à dés, Max Jacob a donné son livre le plus important jusqu’ici. Son inspiration y est variée à l’infini, depuis l’ironie jusqu’au lyrisme, qui se mêlent de façon inattendue dans ces poèmes en prose. Peu d’auteurs ont plus que Max Jacob de la liberté vis-à-vis d’eux-mêmes et des autres. Cela lui permet de disposer d’une somptueuse fantaisie où tout trouve sa place, sauf la tristesse et la désespérance » (Œuvres en prose complètes, op. cit.).

Si cette œuvre-phare lui vaudra immédiatement la reconnaissance d’André Malraux, de Louis Aragon et d’Antonin Artaud, c’est aussi bien en raison de son anticonformisme que de l’apport aux recherches littéraires et cubistes de l’époque. En effet, entre 1912 et 1914, l’orphisme qui tente de relier la poésie à la peinture mourut dans l’œuf. Il fallu attendre 1916, après deux ans de guerre – inféconde dans cette voie expérimentale – pour que les  nouvelles techniques poétiques d’Apollinaire, Jacob, Reverdy, Salmon et Cendrars pénétrassent la peinture cubiste. C’est à ce moment qu’Apollinaire présente des poèmes de Max Jacob dans le tableau de Picasso, Les Demoiselles d’Avignon.

Max Jacob acceptait bel et bien l’idée d’un cubisme littéraire. Certains poèmes du Cornet à Dés font figure d’invitation à concevoir la poésie à la manière d’une composition plastique cubiste : « Poème en forme de boîte oblongue » ; « Poème sans forme avec consistance molle » ou « Poème en forme de demi-lune ». Dans ces poèmes, le lecteur n’a-t-il pas la sensation que le texte a pris des qualités d’objets ?

Max Jacob s’en explique dans une lettre à sa mère datée du 4 juin 1917 :

« Le cubisme en peinture est l’art de travailler le tableau pour lui-même en dehors de ce qu’il représente, et de donner à la construction géométrique la première place, ne procédant que par allusions à la vie réelle. Le cubisme littéraire fait de même en littérature se servant seulement de la réalité comme d’un moyen et non comme d’une fin ».

Contenant deux préfaces de l’auteur – l’une d’elles datée 1916 afin de « bien souligner que les poèmes en prose imités des miens depuis une quinzaine d’années n’étaient que contrefaçon », le Cornet à Dés rassemble des textes écrits entre 1898 et 1916. Max Jacob hésita longuement avant de les faire publier mais en 1917, alors que sa situation était incertaine, il se  résolut à vendre son manuscrit à Jacques Doucet et, faute d’éditeur, à le faire imprimer par souscription. Parmi les souscripteurs, l’on compte Léger, Zadkine, Cocteau, et Dufy.

Séduisant exemplaire habillé d’une superbe reliure d’inspiration cubiste en daim gris-verdâtre de Florent Rousseau, enrichi d’un bel envoi autographe signé de Max Jacob :

« À Monsieur [nom gratté], qui étant l’ami de Paulhan ne peut être que digne de l’être. Max Jacob ».

Si cette reliure frappe l’œil du bibliophile, c’est en raison de la mobilité de ses plats dont la conception représente une innovation du point de vue technique. Cet apport technique manifeste à la reliure contemporaine renouvelle, non seulement l’approche des formes esthétiques du livre, mais encore ses moyens de préhension.

Le subtil décor réalisé par l’artisan d’art est ici à double lecture : au premier niveau se situe celui de la référence explicite aux agrafes employées par Louise-Denise Germain dans les années d’écriture du Cornet, auxquelles sont ici substituées des croix en fil d’argent incrustés sur les plats ; au second niveau, celui de l’empreinte de la poésie cubiste de Max Jacob qui transparait à travers la teinture du daim par un estampage de petits cubes diffus rappelant visuellement les dés du Cornet.

An outstanding copy of the very rare first edition of this masterpiece of cubist poetry in a cubist binding by Florent Rousseau, inscribed by the author.

Talvart et Place, 513 ; En français dans le texte, p. 348 ; A. J. Davies, Max Jacob and the poetics of play, Londres, 2011, p. 242-248 ; B. Mousli, Max Jacob, Paris, 2005, p. 481-486 ; É.-A Hubert, Circonstances de la poésie : Reverdy, Apollinaire, surréalisme, Paris, 2000, p. 99-100 ; [Bibliothèque historique de la ville de Paris], Max Jacob dans ses livres : catalogue de l’exposition, Paris, 1994, p. 16 ; Ch. Van Rogger-Andreucci, Max Jacob acrobate absolu, Seyssel, 1993, p. 52 ; G. Apollinaire, Œuvres en prose complètes, collection de la Pléiade, Paris, 1991, tome II, p. 1409-1410 ; R. Plantier, L’univers poétique de Max Jacob, Paris, 1976 ; [Revue des lettres modernes], Max Jacob. Autour du poème en prose, Paris, 1973 ; M. Leiris, « Tout ce qui existe est situé », préface à M. Jacob, in Le Cornet à dés, Paris, 1967.

Additional information

Période

20ᵉ siècle

Thèmes

Littérature, poésie

Caractéristiques

Belles reliures, Éditions originales, Envois, dédicaces

Langues

Français