MALEBRANCHE, Nicolas. De la recherche de la verité. Ou l’on traite de la nature de l’Esprit de l’homme, & de l’usage qu’il en doit faire pour éviter l’erreur dans les Sciences. Paris, André Pralard, 1678.

5.700 

In-4° (250 x 180 mm.) de 2 ff. bl. , 14 ff. n. ch., 603 p. et 1 f. bl., maroquin rouge, encadrement à la Du Seuil sur les plats, dos à nerfs orné aux petits fers avec motif floral en losange répété, roulette sur les coupes, roulette dorée intérieure, tranches dorées sur marbrure (reliure de l’époque).

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Description

Édition en partie originale de ce traité philosophique fondamental.

Établie sous le contrôle de Nicolas Malebranche (1638-1715), cette édition de 1678 est augmentée des fameux Éclaircissements placés au troisième tome, publiés au format in–douze puis in–quarto cette même année. Elle est considérée comme la quatrième édition et la première dans ce dernier format.

L’édition originale publiée en 1674 chez André Pralard contenait alors seulement trois des six livres que compte De la recherche de la vérité. Elle avait immédiatement provoqué une réponse de l’abbé Simon Foucher (1644-1696) qui elle-même appela une réplique du bénédictin et cartésien Robert Desgabets (1610-1678). Rappelons ici que cette œuvre est la première publiée par le philosophe et prêtre oratorien, demeurant son œuvre la plus connue, celle qui établit sa réputation.

Publiés pour la première fois en 1678, les seize Éclaircissements –placés de la page 479 à 603– marquent une étape décisive dans l’évolution de la pensée de l’auteur, précisant la nature des rapports entre foi et intelligence, ce qui constitue les prémisses de son élaboration d’un nouveau système du monde. Fait d’importance, ils marquent en outre clairement la rupture de Malebranche avec le cartésianisme. Son œuvre sera mise à l’Index en 1709, puis elle servira de référence aux déistes au cours du XVIIIe siècle.

Dans son Avertissement aux Éclaircissements, Malebranche prend le soin d’avertir ses lecteurs sur la forme qu’il leur donne : « Je sçai que la vérité est la chose du monde pour laquelle on se donne ordinairement le moins de peine. On ne s’assujétit pas volontiers à conférer les endroits d’un livre qui ont liaison les uns avec les autres. On lit d’ordinaire les choses de suite, & l’on en prend ce qu’on peut. Ainsi, pour m’accommoder à cette disposition des esprits, j’ai tâché de rendre ces remarques intelligibles, à ceux mêmes qui ont perdu le souvenir des endroits de la Recherche de la Vérité ausquels elles ont rapport » (p. 478).

Mais voyons voir d’un peu plus près en quoi consistent ces apports dans la compréhension de son œuvre et de sa pensée. Le premier éclaircissement nous explique en quoi Dieu fait tout ce qu’il y a de réel dans les sentiments de la concupiscence ; & cependant il n’est point auteur de nôtre concupiscence ; le neuvième nous explique comment on voit en Dieu toutes choses, les vérités & les loix eternelles ; le dixième nous dit en quoi nous n’avons point d’idée claire de la nature  ni des modifications de nôtre âme ; et le treizième en quoi l’amour est différent du plaisir & de la joye.

Des Éclaircissements, organisés selon un jeu d’objections et de réponses, il ressort que la pensée de Malebranche s’oriente vers un théocentrisme et un occasionalisme qui tendent à prouver que Dieu est cause première en tous. Ici, le philosophe considère l’intelligence humaine comme une capacité purement passive de perception, même s’il distingue la perception sensible de la perception pure, c’est-à-dire le sentiment de la connaissance. La doctrine de Malebranche est éclairée par une analogie fondée sur la conception cartésienne de la matière qu’il oppose à l’esprit.

Ce sera notamment l’objet des controverses avec ses contemporains, comme Bossuet ou Antoine Arnauld (1612-1694) qui, pour discuter sa doctrine dans ses Vraies et des fausses idées
contre ce qu’enseigne l’auteur de la Recherche de la vérité, se référera à la présente édition in-quarto de 1678 pour dire que « si l’âme n’est pas la cause efficiente de ses idées, elle est néanmoins la cause formelle de toute intelligibilité pour la pensée » (op. cit., 1955).

Un beau titre-frontispice gravé non signé portant la devise : Inimicos virtute superabis.

Exemplaire de qualité à grandes marges habillé d’une splendide reliure en maroquin rouge strictement de l’époque ornée d’un décor à la Du Seuil. Il est en parfait état de conservation.

Peu d’exemplaires au format in-quarto sont en mains privées, de surcroît dans une semblable reliure.

Provenance : Thomas Maitland, Lord Dundrennan (1792-1851) ; René Escande de Messières ; D. J. Cameron ; CS, avec leur ex-libris.

Avocat puis juge, Lord Dundrennan fut membre du Parlement britannique de 1845 à 1850.  Passionné de littérature ancienne, sa collection de livres fut dispersée à Édimbourg en 1851.

Brunet, III, 1335-1336 ; Barbier, IV, 17 ; En français dans le texte, n° 111 ; A.-M.-P. Ingold, Essai de bibliographie oratorienne, Paris, 1880, p. 84 ; É.-A. Blampignon, Bibliographie de Malebranche, Montbéliard, 1882, p. 1 ; L. Bridet, La théorie de la connaissance dans la philosophie de Malebranche, Paris, 1929, p. 349 ; D. Connell, « La passivité de l’entendement selon Malebranche », in Revue philosophique de Louvain, 1955, vol. 53, n° 40, p. 542-565 ; É. Rolland, La philosophie chrétienne de Malebranche, Paris, 1938 ; G. Rodis-Lewis (éd.), Nicolas Malebranche. Oeuvres complètes. Paris, 1962, vol. 1, p. V et suiv. ; H.-J. Martin, Livre, pouvoirs et société à Paris au XVIIe siècle (1598-1701), Paris, 1969, vol. 2, p. 877 ; D. Moreau, Deux cartésiens : la polémique entre Antoine Arnauld et Nicolas Malebranche, Paris, 1999, p. 323-343 ; M. Priarolo, Visioni divine : la teoria della conoscenza di Malebranche tra Agostino e Descartes, Pise, 2004 ; H. Wolf, Systematisches Repertorium zur Buchzensur (1701-1813), Padeborn, 2009, p. 746.

Additional information

Période

17ᵉ siècle

Thèmes

Philosophie

Caractéristiques

Belles reliures, Éditions originales, Grands papiers, Provenances

Langues

Français