PLATON. FICIN, Marsile. Omnia diuini / Platonis opera / tralatione Marsilii Ficini : /emendatione et ad Graecum codicem / collatione Simonis Grynaei, nunc / recens summa diligentia repurgata, quibus / subiunctus est index / uberrimus.

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Bâle, In officina Frobeniana, apud Hieronymum Frobenium et Nicolaum Episcopium [Hieronymus Froben et Nikolaus I Episcopius], août 1539. In-folio (330 x 215 mm.) de [12]-959-[28] p. signées α6 a-z6, A-Zz6, AA-MM6, NN8, veau marron sur ais, quadruple encadrement estampé à froid sur les plats, entrecoupé de larges et petites roulettes ornées d’armoiries avec initiales HP RR aux extrémités, et de portraits en médaillon au centre avec les initiales HW, dos à nerfs orné de filets à froid en croisillon aux extrémités, tranches jaunes, traces de fermoirs (reliure de l’époque).

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UGS : 3-5-Platon Catégorie : Étiquette : Product ID: 2303

Description

Rare et importante édition bâloise des Œuvres de Platon traduites par Ficin.

Cette édition publiée par Froben fit autorité jusqu’au XIXe siècle. Imprimée en Suisse, elle contient une adresse au lecteur due au théologien protestant Simon Grynaeus (1493-1541), professeur de grec à Heidelberg et de théologie à Bâle. L’épître dédicatoire de Ficin à Laurent de Médicis dit le Magnifique (1449-1492) renvoie au rôle prééminent de ce dernier dans la Première Renaissance que les Italiens appellent Quattrocento.

La célèbre marque d’imprimeur aux deux serpents couronnés des Froben qui ouvre l’édition de 1539 nous rappelle l’importance de la ville de Bâle comme centre d’imprimerie et comme foyer humanistes de premier plan en Europe. C’est peu après son adhésion à la Réforme en 1529 que l’université de cette ville se réorganise, provoquant un afflux de l’élite des réfugiés huguenots.

Réputée, cette traduction des Œuvres établie par le poète, philologue et philosophe Marsile Ficin (1433-1499) est considérée comme la meilleure de l’époque. Elle contribuera de manière décisive à la diffusion de la pensée platonicienne à la Renaissance. Son édition princeps paraîtra à Florence en 1484 ; suivront les éditions de Venise (1491) et Florence (1494).

Des rives du Rhin aux bords de l’Arno, cette édition est toute imprégnée de l’humanisme européen conquérant. Dans cette Bâle de 1539, où Hieronymus Froben (1501-1563) a succédé à son père Johann (ca. 1460-1527) dans leur fameuse Officina Frobieniania, leur atelier d’imprimeur-éditeur, le « prince » humaniste Érasme est mort trois ans auparavant ; il était l’ami intime de la famille, à laquelle il avait confié son œuvre. Et dans la Florence de cette année, vivace est encore le souvenir du grand humaniste Ficin, alors que Hieronymus achève l’impression de sa monumentale traduction des Œuvres complètes de Platon, Omnia Divini Platonis Opera.

Le destin de Marsile est, lui, conformé par l’aventure politique qui se joue alors à Florence. Rejeton d’une famille qui avait triomphé dans la banque, Cosme l’Ancien (1389-1464) – Cosimo il Vecchio –, fonde la puissante dynastie des Médicis. En 1439, il accueille dans ses murs un Concile destiné par le pape Eugène IV à rapprocher les chrétientés d’Orient et d’Occident. À cette occasion intervient un philosophe byzantin dont la foi est nourrie de platonisme, Gemiste Phéton (ca.1357-1452). Cosme est alors subjugué par son discours et l’adopte – telle est la genèse du néoplatonisme médicéen – et germe en lui l’idée de créer un jour à Florence une Académie, sur le modèle du légendaire compagnonnage philosophique d’Athènes créé en 387 avant J.-C. En 1459, sous son égide se fonde l’Accademia Neoplatonica de Florence : Cosme avait alors suffisamment de soldats platoniciens formés pour lancer à l’assaut du monde ancien cette brigade toscane et humaniste de l’ère nouvelle. Parmi d’autres se présentent Guido Cavalcanti, Jean Pic de la Mirandole, Ange Politien, Laurent le Magnifique. Ce mouvement pénètre aussi des artistes tels que Botticelli, Mantegna, Paolo Uccello, Donatello, Benvenuto Cellini, et dans une certaine mesure Léonard aussi.

Celui qui dirige l’Académie a vingt-six ans : c’est Marsile Ficin, Marcilio Ficino. Fils d’un médecin réputé – la relation entre médecine et humanisme s’avère alors décidément des plus signifiantes -, Marsile quitte cette voie, car la philosophie le fascine. Après Florence, il poursuit ses études à Bologne, le centre universitaire majeur de l’Italie. Là, il finit de devenir un parfait helléniste, parachevant une passion de prime jeunesse. Il faut se rappeler que dans l’Occident intellectuel du XVe siècle, si les latinistes sont légion, peu maîtrisent le grec. L’enthousiasme de Ficin peut se comprendre : conquis par Platon et les néoplatoniciens, Plotin, Porphyre, Jamblique, parmi d’autres, il désire pouvoir les lire dans leur idiome. En 1462, installé par Cosme le mécène dans sa villa Medicea di Caraggi, près de Florence, Marsile commence à traduire Platon ; il y alterne travail personnel et conversations littéraires, philosophiques, politiques avec ses amis de l’Accademia. Le projet est immense, et nul doute que les lumières jaillies des confrontations de cette assemblée de savants ne l’aient aidé dans son entreprise de traduction de trente-sept œuvres du corpus platonicien.

Il a une cinquantaine d’années lorsqu’il s’estime suffisamment mûr pour réaliser l’expression finale de décennies de labeur, et compose sa traduction entre 1483 et 1484. Mais sur quels manuscrits travailla-t-il ? C’est en septembre 1462 que Marsile reçoit deux manuscrits contenant tous les dialogues de Platon en grec, l’un des mains de Cosme de Médicis, l’autre de l’homme d’affaires et collectionneur Amerigo Benci. L’excellence du texte dont disposait le traducteur florentin est rigoureusement attestée. La tradition platonicienne s’étant perpétuée, la succession des copies n’en a pas altéré le matériau ; ainsi, pour avoir confronté l’état des manuscrits avec maints fragments retrouvés de papyrus de l’époque platonicienne, on peut en conclure que le texte est passé jusqu’à Ficin quasiment inchangé.

Une belle marque de l’imprimeur Froben sur la page de titre ; nombreuses lettrines gravées sur bois.

Très bel exemplaire à bonnes marges tiré sur papier vergé, habillé d’une superbe reliure estampée en veau de l’époque. Son riche et beau décor germanique est typique du goût du temps. Exécutée pour un bibliophile important, encore non identifié, elle est en très bon état de conservation. En dépit de longues recherches, y compris à la bibliothèque de Bâle, il n’a pas été possible d’identifier l’atelier qui la réalisa.

Trois ex-libris manuscrits sur la page de titre et un cachet à l’encre.

A very good copy of the rare and important Froben edition of Plato’s Works with wide margins, in its superb contemporary binding.

Schweiger, I, 248 ; BMC, German Books, 702 ; Adams, P 1445 ; VD16 : P 3278 ; W. Risse, Bibliographia philosophica vetus. 1. Philosophia generalis, New York, 1998, p. 59, 1539 ; E. Russo, Testimoni del vero : su alcuni libri in biblioteche d’autore, Rome, 2000, p. 225 ; F. Mariani, La pensée de Ficin, Paris, 2014, p. 245-273 ; S. Clucas (éd.), Laus Platonici philosophi, Leyde, 2011, p. 343-367 ; M. Allen (éd.), Marsilio Ficino, Leyde, 2002, p. 443-466 ; P. Magnard (dir.), Marsile Ficin : les platonismes à la Renaissance, Paris, 2001 ; M. Pernis, Le platonisme de Ficin, Paris, 1997 ; P. Kristeller, Die Philosophie des Marsilio Ficino, Francfort-sur-le Main, 1972, p. 387-398 ; R. Marcel, Marsile Ficin, Paris, 1958 / V. Cuoco, Platone in Italia, Rome, 2006 ; T. Irwin (éd.), Plato’s metaphysics and epistemology, New York, 1995 ; J. Hankins, Plato in the Italian Renaissance, Leyde, 1990 ; D. Beresniak, Les premiers Médicis et l’Académie platonicienne de Florence, Paris, 1984 ; W. Wieland, Platon und die Formen des Wissens, Göttingen, 1982 ; A. Belli, « Le versioni umanistiche dell’ Assioco pseudoplatonico », in La Parole del Passato, n° 39, 1954, p. 442-467.

 

Informations complémentaires

Période

16ᵉ siècle

Thèmes

Humanisme, Renaissance, Philosophie

Caractéristiques

Belles reliures, Envois, dédicaces, Livres rares et précieux

Langues

Latin